BMW Art Cars à Rétromobile : la rencontre entre l'art et la course

19.05.2026

Rétromobile, l’un des plus grands salons dédiés aux voitures de collection fêtait son 50e anniversaire. BMW s’est associée à cet événement immanquable pour présenter une exposition inédite sur le sol français : la réunion des sept BMW Art Cars ayant pris le départ des légendaires 24 Heures du Mans. Nous y étions. Plongez dans l’histoire de cette rencontre entre art contemporain, héritage automobile et histoire du sport automobile.

Rétromobile 2026 : 50 ans au service de la passion automobile

Fondé en 1976, Rétromobile s'est imposé en cinquante ans comme l’un des rendez-vous mondiaux de référence pour tous les amateurs de voitures anciennes et de collection. Souvent décrit comme “ le plus beau garage éphémère du monde ”, il ouvre chaque année la saison des grands salons automobiles, attirant collectionneurs, constructeurs, marchands spécialisés et passionnés du monde entier dans les halls du parc des expositions de la Porte de Versailles.

Pour sa 50e édition, les chiffres parlent d'eux-mêmes : ce sont près de 1 000 véhicules exposés sur plus de 73 000 m² d'exposition, avec 620 exposants venus du monde entier. Un plateau exceptionnel, couvrant l'ensemble de l'histoire automobile du XXe siècle à nos jours.

Pour célébrer ce cap symbolique, les organisateurs ont vu grand. Quatre expositions exclusives étaient au programme, dont la rétrospective consacrée aux BMW Art Cars. 

Le BMW Art Car World Tour

En 2025, BMW célébrait le 50e anniversaire de sa collection des Art Cars en lançant le BMW Art Car World Tour, une tournée mondiale d'une envergure inédite. Couvrant plus de 48 étapes dans plus de 30 pays sur cinq continents, ce tour du monde a accueilli plus de 2 millions de visiteurs à travers de nombreux événements.

Tout commence en 1975. Hervé Poulain, commissaire-priseur parisien et gentleman driver à ses heures, nourrit un rêve : courir les 24 Heures du Mans avec une voiture peinte par un grand artiste. L'idée est simple, presque naïve, mais elle recèle une force créative qui va se révéler durable.

Renault, sollicité en premier, ne donne pas suite. C'est finalement Jochen Neerpasch, directeur de BMW Motorsport, qui saisit l'intérêt du projet et donne son feu vert en février 1975. Au moment où BMW s'apprête à lancer sa nouvelle Série 3, cette initiative contribue à élever le sens de l'engagement de la marque en sport automobile. 

BMW 3.0 CSL – Alexander Calder (1975)

L'acte fondateur. Alexander Calder, sculpteur américain épris de Paris depuis les années 1920, signe la toute première BMW Art Car. Il habille la BMW 3.0 CSL de larges aplats aux trois couleurs primaires — rouge, jaune et bleu — dans un style direct et joyeux, caractéristique de ses mobiles et stabiles.

Engagée au Mans par Hervé Poulain aux côtés de Sam Posey et Jean Guichet, vainqueur de l'édition 1964, la voiture ne franchira pas la ligne d'arrivée, mais elle a déjà gagné son pari artistique. Partout où elle passe, vierge de toute publicité, elle détonne et séduit. Une légende est née et six autres Art Cars rouleront au Mans parmi les 20 créées. Vous l’avez peut-être croisée l’année dernière, du côté de Toulouse lors de l’événement La Caserne X HFMSTRS dont nous étions partenaires. 

BMW 3.0 CSL – Frank Stella (1976)

L'expérimentation graphique. Dès l'année suivante, la saga se poursuit avec le peintre américain Frank Stella. Là où Calder misait sur la spontanéité des couleurs, Stella adopte une démarche plus conceptuelle et géométrique. Il habille le coupé 3.0 CSL de motifs graphiques inspirés de plans techniques, dans un style noir et blanc d'une grande rigueur visuelle.

Réalisée par le maître-peintre légendaire de BMW, Walter Maurer, cette deuxième Art Car incarne la puissance de l'expérimentation artistique en compétition.

BMW 320i Turbo – Roy Lichtenstein (1977)

L'hommage au Pop Art et au mouvement. En 1977, c'est au tour de Roy Lichtenstein, maître du Pop Art américain, de s'emparer d'une BMW 320i Turbo. Il la recouvre de ses “ Ben Day dots ” caractéristiques — points bleus, lignes jaunes et bulles vertes — créant l'illusion d'un paysage défilant sur les flancs de la voiture. Jour et nuit, vitesse et rythme : tout le tempo d'une course d'endurance est là.

Présentée à Beaubourg avant de prendre la route du Mans avec les numéros #50 au départ, la 320i termine à la 9e place du classement général et 1re de sa catégorie. Un résultat sportif remarquable qui prouve que l'art et la performance ne sont pas incompatibles.

BMW M1 – Andy Warhol (1979)

L'icône absolue. Quatre ans après la première Art Car, BMW confie sa nouvelle M1 à Andy Warhol, figure du Pop Art. En seulement 28 minutes, Warhol applique directement sur la carrosserie près de six kilos de peinture, créant une oeuvre gestuelle, instinctive, vibrante. “ J'ai essayé de représenter visuellement la vitesse ”, expliquait-il. “ Quand une voiture va très vite, toutes les lignes et les couleurs se brouillent. ”

Hervé Poulain, qui s'attendait à des sérigraphies pop, fut surpris par la puissance de l'oeuvre : “ Je m'attendais à une livrée à base de Marilyn Monroe et de boîtes de soupe. Au contraire, Andy Warhol a présenté une voiture gestuelle. ” Engagée sous le numéro 76 au Mans, la M1 termine à la 6e place du classement général, signant l'un des meilleurs résultats de toute la saga des BMW Art Cars.

Consacrée en 2025 en étant inscrite au National Heritage Registry des États-Unis, la BMW M1 d'Andy Warhol est sans doute la plus célèbre des Art Cars — une oeuvre aussi précieuse dans les salles de musée que sur la grille de départ du Mans.

BMW V12 LMR – Jenny Holzer (1999)

L'art comme manifeste politique. Vingt ans s'écoulent entre la M1 de Warhol et la cinquième Art Car du Mans. En 1999, c'est l'artiste américaine Jenny Holzer, connue pour ses installations textuelles engagées, qui signe la BMW V12 LMR. Elle transforme le prototype en véritable manifeste roulant : phrases percutantes, lettres chromées et films fluorescents couvrent la carrosserie. Sur la piste, la vitesse devient un support de réflexion.

Cette année 1999 est particulièrement mémorable pour BMW : une autre V12 LMR, non-Art Car, remporte la victoire absolue aux 24 Heures du Mans avec Yannick Dalmas, Pierluigi Martini et Joachim Winkelhock. La V12 LMR de Jenny Holzer, elle, est contrainte à l'abandon — mais son impact artistique demeure intact.

BMW M3 GT2 – Jeff Koons (2010)

Le retour du Pop Art. En 2010, BMW confie sa M3 GT2, engagée en catégorie LMGT2, au maître de l'hyperréalisme et du kitsch assumé Jeff Koons. L'artiste américain transforme la carrosserie en un concentré d'énergie visuelle absolue : formes abstraites multicolores, dynamisme explosif, palette saturée. Une oeuvre spectaculaire, conçue pour la course autant que pour le musée, qui fait immédiatement sensation auprès du public du Mans. Elle a fait sensation à Villemur-sur-Tarn l’année dernière, lors de l’événement HFMSTRS

BMW M Hybrid V8 – Julie Mehretu (2024)

La peinture performative. Pour son grand retour dans la catégorie Hypercar des 24 Heures du Mans, exactement 25 ans après la victoire de la V12 LMR, BMW choisit de confier la livrée de sa M Hybrid V8 à l'artiste new-yorkaise Julie Mehretu. C'est la 20e BMW Art Car de la collection, dévoilée en grande pompe au Centre Pompidou à Paris le 21 mai 2024.

Inspirée de sa peinture monumentale Everywhen (2021-2023) — présentée au Palazzo Grassi de Venise avant d'intégrer les collections permanentes du MoMA de New York — Mehretu transpose sur la M Hybrid V8 des formes abstraites, une palette joyeuse incluant un rouge fluo éclatant, et ses marquages gestuels iconiques. Pour elle, cette voiture n'est pas un objet à exposer : “ Je la vois comme une peinture performative. Elle a été créée pour le circuit et non pour le musée. ”

La BMW M Hybrid V8 de Julie Mehretu n'a pas été classée à l'arrivée des 24 Heures du Mans 2024 en raison d'une trop faible distance parcourue. Mais sa simple présence sur les circuits de la Sarthe a bouclé un demi-siècle de dialogue entre l'art contemporain et la course automobile.

Pour accueillir ces sept chefs-d’œuvre roulants, BMW et Rétromobile ont conçu une scénographie à la hauteur de l'événement. Installée au cœur du pavillon 7.2 de Paris Expo – Porte de Versailles, l'exposition s'articulait autour du concept d'un “ garage légendaire ” — un espace immersif où chaque voiture racontait une histoire, celle d'un artiste, d'une course, d'une époque.

Un rendez-vous à ne pas manquer

Rétromobile 2026 n'était pas un salon comme les autres. C'était une célébration, un hommage à cinquante ans de passion partagée entre l'automobile, l'art et la course.

Voir réunies les sept BMW Art Cars du Mans dans un seul et même lieu, c'est voyager à travers un demi-siècle de créativité, d'audace et de performance.

Un moment unique

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